Hiroshima, l’atrocité nucléaire

Hiroshima, on en a tous entendu parler au moins une fois dans sa vie. Fouler son sol, c’est comme remonter 72 années en arrière et basculer dans l’enfer atomique. C’est surtout prendre une claque monumentale et ressentir au plus profond de nos êtres ce drame qui changea notre vision du monde ! On vous emmène sur les traces de cet événement tragique.

Un peu d’histoire

Hiroshima est située sur l’île de Honshu et plus précisément sur la côte nord de la mer intérieure de Seto. Elle est la capitale de la préfecture du même nom.

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Source

Parmi une des explications du nom d’Hiroshima, on retrouve celle-ci :

  • « Hiro » est emprunté au nom de Oeno Hiromotoe, un ancêtre de la famille Mori qui fit construire le château de la ville
  • « Shima » est emprunté de Fukushima Motonaga l’homme qui guida Terumoto vers ce site

Au cas où vous auriez séché vos cours d’histoire, la ville est universellement et tristement connue pour avoir été le 6 août 1945, l’une des deux cibles, avec Nagasaki, des bombardements atomiques orchestrés par les États-Unis au cours de la seconde guerre mondiale.

Image associée
Source Wikipedia

Transport et logement

Depuis Takamatsu nous avons pris le moyen de transport le plus économique : le bus (2150 Yen/personne). Pas de bus JR cette fois-ci mais une compagnie locale, moins confortable certes, mais moins cher et pour seulement 3h de route, on ne va pas se plaindre! Nous avons donc rejoint l’île principale d’Honshu via le grand pont de Seto. Cette structure impressionnante traverse la mer du même nom, et ce, sur une série de 5 petites îles !

Une fois arrivé à destination, il y a des tramways et des bus mais on peut très bien visiter le centre ville à pied.

Nous avons logé dans une auberge de jeunesse The Evergreen Hostel qui est juste à côté du parc de la paix. Les lits et les coussins ont la particularité d’être en plastique ce qui est assez bruyant. On le recommande surtout pour la localisation et la décoration « animalière » 😉

Ce que l’on a fait

Début novembre, nous sommes restés un jour et demi à Hiroshima. Voici ce que nous avons visité :

Le château d’Hiroshima

Avant de parler du souvenir du bombardement, parlons d’abord du château d’Hiroshima.

Hiroshima-château (1)Digne représentant de l’architecture des châteaux de plaine, il fut construit sous les ordres de Mori Terumoto en 1589 dans le delta de la rivière Otagawa. Il est surnommé « le château de la carpe » car son nom initial était KOI-NO-URA, koi signifiant carpe. Pendant la période Edo, il occupait une très grande superficie, 3 douves ainsi que la rivière Otagawa le protégeait. A présent les douves extérieures et centrales ont disparues et sont maintenant occupées par des habitations. Suite à l’abolition des domaines féodaux et à l’instauration des préfectures en 1871, le château servit de bâtiment militaire.

Le 6 août 1945, la bombe atomique détruisit le château. La tour qui subsiste a été reconstruite en 1958 et joue le rôle de musée. On y retrouve sur différents étages des explications sur la construction du château, la vie et la culture de la région, des expositions d’armures, d’armes et d’objets d’époque ainsi qu’une plateforme d’observation au dernier étage.

Ce château-musée a le mérite de nous sortir un peu de l’événement atomique. Néanmoins au fur et à mesure qu’on en apprend plus sur la riche histoire de la ville, le bombardement n’en est que plus écœurant !

L’événement nucléaire

Avant toute chose, je vous invite à regarder cet excellent documentaire d’Arte. Il m’a aidé à mieux comprendre cet événement macabre qu’on connaît tous finalement si peu. Il vous explique les vrais dessous de l’histoire : un crime contre l’humanité sur fond de course à l’armement nucléaire.

Parc du mémorial de la paix

Quelques mois après le drame, la construction d’un parc en mémoire des victimes de la bombe atomique, apparut comme une évidence. La zone de l’impact était donc l’endroit tout désigné pour ça.

Le pont qui permet d’y accéder fut la cible du bombardier américain Enola Gay : avec sa forme en « T » il était bien visible du ciel. La bombe fut toutefois portée par les vents et explosa à la verticale de l’hôpital Shima, à moins de 300 mètres au sud-est du pont.

BOMBING OF HIROSHIMA (Illustration) American History Famous Historical Events STEM World War II Ethics Biographies
Source: awesomestories.com

On retrouve dans ce parc très fleuris et boisé de nombreux bâtiments qui ont été construits en souvenir de l’attaque et qui porte l’espoir d’une paix durable.

En voici les principaux :

Le dôme de Genbaku

Depuis le parc on voit très bien l’ancien Hall de la promotion des Industries de la Préfecture d’Hiroshima avec son dôme caractéristique. Il est aujourd’hui le bâtiment symbolique de la ville. A seulement 140 m de l’hypocentre, il resta debout sous le choc atomique, même si la trentaine d’employés travaillant dans le bâtiment sont tous décédés sur le coup. L’édifice aurait dû être détruit mais la ville décida de le garder en l’état, afin de laisser une marque bien visible de cette catastrophe.

En 1996, il est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO car le dôme est devenu « un monument universel pour l’humanité entière, symbolisant l’espoir d’une paix perpétuelle et l’abolition définitive de toutes les armes nucléaires sur la Terre ». Quelques travaux de stabilisation ont tout de même dû être faits afin de le protéger des aléas climatiques.

Le bâtiment impressionne mais ce qui est encore plus marquant c’est ce qui se trame au pied du dôme. On y retrouve un attroupement de touristes lisant le témoignage de Mito Kosei un des plus jeune survivant de la bombe A.  Sa mère enceinte de 4 mois, entra dans le centre d’Hiroshima 3 jours après le bombardement. Il est ce qu’on appelle un In-utero-survivor. Transformé en guide et accompagné de volontaires, il expose au monde sa vérité, les horreurs que sa famille et sa ville ont vécues. Son but étant de lutter pour l’abolition des armes de destruction massive.

Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus, vous trouverez son blog ici.

Traduit en plusieurs langues, les informations que l’on retrouve dans ces documents recoupent assez bien le documentaire d’Arte. De la bouche des volontaires, on en apprendra un peu plus, notamment que les japonais ne connaissent pas tout de leur histoire et qu’ils ne s’y intéressent pas vraiment. Le gouvernement japonais semble y être pour beaucoup car, sous couvert de garder de bonnes relations avec l’ennemi devenu maintenant allié, il évite de mettre en avant certains événements dit « sensibles ». On retiendra notamment l’exemple des tests médicaux qui ont été faits sur les survivants dans le but de servir les intérêts de l’armée américaine. Des scientifiques ont ainsi évalué l’impact de la bombe atomique sur les rescapés sans leur apporter la moindre assistance et ce pendant des décennies … Cette censure se ressent encore aujourd’hui dans le comportement des touristes japonais. Ils viennent, prennent des photos et partent tandis que les touristes étrangers feuillettent assidûment les documents mis à disposition et posent des questions. On nous expliqua également que le Musée du Mémorial de la Paix bien qu’assez complet, occulte volontairement les événements « sensibles », nous avons donc fait le choix de ne pas le visiter.

En partant, on nous offrira un origami représentant une grue, symbole de paix. Nous n’oublierons pas.

IMG_5209.JPG

Ce type d’origami est très important pour la ville notamment grâce à l’histoire tragique de Sadako Sasaki, une jeune victime du bombardement devenue icône de la paix. Une légende japonaise dit que : « Quiconque plie mille grues de papier verra son vœu exaucé. ». Pour guérir, elle s’attela donc à la tâche mais elle mourut de leucémie en 1955, à l’âge de douze ans, après en avoir plié 644. Ses compagnons de classe achevèrent son oeuvre et elle fut enterrée avec une guirlande de mille grues. Tous les ans, des enfants du monde entier plient des origamis et les envoient à Hiroshima. Ils sont ensuite disposés dans le parc autour de sa statue de granit. Grâce à cette petite fille, la grue en papier est devenue un symbole international de la Paix.

Hiroshima-parc-de-la-paix (12)
Monument de la paix des enfants

Flamme de la paix et Cénotaphe 

Hiroshima-parc-de-la-paix (4)La flamme de la paix est un monument conçu par Kenzo Tange représentant deux mains jointes au niveau des poignets. Au centre de ces dernières se trouve une flamme qui fut allumée le 1er août 1964 et qui symbolise la lutte contre le nucléaire militaire. Elle brûlera jusqu’à ce que toute « forme d’arme nucléaire soit éradiquée ».

Hiroshima-parc-de-la-paix (6)Le cénotaphe du parc de la paix fut inauguré quant à lui en mars 1952. C’est un monument funéraire qui ne contient pas de corps contrairement au mausolée. Dessiné à l’origine par l’artiste américano-japonais Isamu Noguchi, ce monument devait représenter la forme d’une cloche japonaise le dōtaku. Cependant, celui-ci se verra refuser la réalisation du monument en raison de sa nationalité. Kenzō Tange, repris l’idée principale du monument, à savoir le « U » inversé, et le fit construire en béton puis en granite. On y retrouve la phrase suivante : « 安らかに眠って下さい 過ちは 繰返しませぬ. Cet épitaphe, écrit par Saiga Tadayoshi, signifie « Repose en paix, car (je/nous/ils?) ne répèt(erai/erons/eront) pas l’erreur ». L’absence de sujet, naturelle en japonais, a cependant été à l’origine d’une controverse reprochant à l’épitaphe de ne pas être clair quant au responsable de « l’erreur », ce à quoi le maire d’Hiroshima répliqua plus tard que le sujet était volontairement omis afin que chacun fasse face à ses responsabilités.

Cloche de la paix et autres monuments

Voici d’autres monuments tout aussi poignants, les couleurs d’automne rendant le lieux encore plus solennels :

Le mémorial de la paix

Sur un côté du parc se trouve le mémorial national de la paix dédié aux victimes de la bombe atomique. Son but est de se souvenir et de déplorer ce sacrifice. En ces lieux on met enfin des visages sur cet événement. On y retrouve en effet des centaines de photos de victime et des témoignages terribles. Au centre du mémorial, on retrouve une salle immense de recueillement avec une image de fond indescriptible: le paysage urbain vu de l’hypocentre après l’explosion. L’ensemble repose sur un mur formé de 140 000 petites tuiles représentant chaque personne disparue. Ce mémorial est extrêmement émouvant, son entrée est gratuite, il ne faut donc le rater sous aucun prétexte.

La ville moderne

La ville en elle-même s’est relevée dignement et n’a rien à envier aux autres villes modernes japonaises. Dès que l’on sort du parc, c’est comme si on sortait d’une bulle, les habitants s’activent. Entre grandes allées commerçantes et building, on se croirait n’importe où au Japon.

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Spécialité culinaire

Nous ne pouvons finir cet article sans évoquer la spécialité culinaire d’Hiroshima!

Ici, vous trouverez des Hiroshimayaki (Hiroshima Okonomiyaki), c’est une sorte de crêpe contenant du chou, des nouilles avec au choix viande, poisson ou fruits de mer.

Comme souvent, les restaurants au Japon se trouvent dans des immeubles qui ne payent pas de mine. Nous sommes donc arrivé à un étage aménagé en plusieurs restaurants de fortune, avec au menu une cuisinière de mauvais poil ! (Une curiosité très rare au Japon!). Même si c’était bon, on ne vous donnera pas l’adresse car comme c’est la spécialité de la ville, vous n’aurez sans doute pas de mal à trouver un autre restaurant 😉

Sinon autre spécialité: les huîtres dans tous leur états, cuites, crues, il y en a pour tous les goûts mais très peu pour nous 😉

En conclusion

Sincèrement, nous ne nous attendions pas à tant d’émotion une fois sur place. Il est difficile de ne pas s’imaginer cet éclair blanc dans le ciel qui détruisit tout en un millième de seconde. Les décombres, la souffrance des victimes, l’horreur absolue qu’il y régna 72 ans plus tôt. Malgré tout, la ville a su se reconstruire et est devenue un sanctuaire, un musée à ciel ouvert. Les survivants sont encore là pour alerter les visiteurs. L’atmosphère y est donc très particulière, on ressent parfaitement le recueillement et la paix.

Grâce à nos recherches personnelles mais aussi aux témoignages des survivants sur place, on a pu mieux comprendre cet événement tragique : l’ignorance du peuple américain face aux décisions prisent par leur gouvernement, l’après bombe, le sort réservé aux survivants dans leur propre pays etc… Aujourd’hui, il est clairement avéré que ce crime contre l’humanité n’était qu’un prétexte pour tester les effets de la bombe A sur une vraie cible et au passage montrer au monde la suprématie américaine.

Hiroshima nous bouscule, nous rappelle dans quel monde nous vivons. Un monde dangereux où les pires atrocités sont perpétrées dans la plus grande impunité. Cette ville nous aura appris plusieurs choses : restons attentif et vigilant, n’oublions jamais, faisons perdurer la mémoire pour ne jamais reproduire l’horreur que ce peuple à pu vivre.

Avec la menace récente de la Corée du Nord, on se rend bien compte que le passé nous rattrape, que du jour au lendemain le monde peut basculer à nouveau dans les ténèbres. Pour avoir été au Japon durant les frasques des USA et les tirs de missiles de la Corée du Nord au dessus du Japon, on peut vous confirmer que ça a rendu la menace tout de suite plus sérieuse. Quand on vit en France, loin des zones de guerre, on se dit après tout ça ne nous concerne pas, mais bien au contraire, il faut s’en préoccuper, il faut se révolter ! Nous ne pouvons pas admettre qu’une poignet d’individus puissent raser de la carte une ville entière pour satisfaire leurs intérêts personnels. Croyez-vous vraiment que si le peuple américain avait été informé que les japonais étaient sur le point de se rendre, il aurait tout de même laissé son gouvernement lancer cette bombe ? Sincèrement, je ne pense pas.

Après avoir lu cet article vous l’aurez donc compris, Hiroshima est un incontournable du Japon. Elle se distingue clairement des autres villes modernes japonaises, il s’y dégage quelque chose d’énorme, d’indescriptible.

Au risque de nous répéter, on vous remet le lien vers la vidéo d’Arte. Ce document rare devrait être diffusé plus largement et si Oh my jet lag peut aider on en serait ravi 😉

C’est à présent le cœur lourd que nous quittons cette ville qui nous aura tant marqués. Direction l’île de Miyajima, loin du souvenir de la guerre, de nouvelles splendeurs nous attendent.

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